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La fuite en avant des nouvelles technologies

OGM, PESTICIDES, NANOTECHNOLOGIES

La frénésie du profit impose la course aux technologies les plus sophistiqués. Tant pis pour le risque. Il sera source de revenu, au moins pour certains.

vendredi 29 mai 2009, par Forum Civique Européen

"Ces dernières années, les labos biotech et l’industrie ont
développé de nouvelles techniques - microchromosomes artificiels et
organelles (plastides) transformées - qui, selon l’industrie, permettront
de surmonter les problèmes qu’elle a rencontrés avec les OGM,
particulièrement leur faible efficacité et les contaminations génétiques.
Mais la biologie de base et les maths indiquent que, contrairement à ce
qu’affirme l’industrie, la nouvelle technologie n’empêchera pas la
contamination génétique chez les plantes. En fait, puisque les deux
technologies convergent, surgit l’éventualité effrayante que la
contamination puisse atteindre un nouveau niveau de toxicité, et se
produise non pas à l’intérieur des organismes de la même espèce mais aussi
entre espèces, aussi différentes entre elles que peuvent l’être des plantes
et des bactéries ou des plantes et des champignons."

"The new weapons of genetic engineering"

Les nouvelles armes génétiques

Les "inconvénients" des OGM qui ne tiennent pas leurs promesses
seraient surmontés aujourd’hui, selon l’industrie, par la capacité acquise
de construire des minuscules chromosomes artificiels (minichromosomes) qui transportent de multiples gènes et deviennent pleinement fonctionnels une fois insérés dans une cellule. Ceux ci, toujours selon l’industrie,
rendraient possible la fabrication de traits complexes et réduiraient
drastiquement les effets secondaires en ce qu’ils ne dérangeraient pas le
matériel génétique de l’organisme génétiquement manipulé.
Parallèlement, la modification génétique des organelles cellulaires (tels
que les chloroplastes et les mitochondries) a vu le jour. Cette technique
devrait permettre une bien plus forte expression des traits modifiés. Et
comme les organelles (plastides) ne sont pas transmises par le pollen,
l’industrie prétend que la contamination génétique serait évitée.

Qu’est ce qu’un minichromosome artificiel ?

Traduction : "Les minichromosomes artificiels sont des petits chromosomes
construits en incorporant des gènes dans une molécule ADN qui contient
initialement seulement les unités qui régulent la réplication des
chromosomes (appelées telomères) ; celles qui initient la réplication, et
celles qui assurent la distribution conforme des chromosomes dans les
nouvelles cellules (appelées crentromères). De multiple gènes peuvent être
ajoutés à ces deux unités de base et, pour les rendre fonctionnelles, il
n’est pas nécessaire d’inclure l’ADN régulateur qui fabrique 90% de la
plupart des chromosomes naturels. Le plus grand minichromosome construit jusqu’à maintenant porte entre une dizaine et 20 gènes mais, en théorie, il n’y a aucune limite au nombre de gènes qui peuvent être inclus dans un seul chromosome artificiel. Les minichromosomes artificiels peuvent être construits et insérés dans n’importe quelle sorte d’espèce, des levures et bactéries, jusqu’aux plantes, insectes, mammifères et humains. En fait, les années précédentes, de plus grandes avancées ont été réalisées en développant la technologie des chromosomes artificiels pour les animaux et les humains que pour les autres espèces ; mais récemment la technologie pour les plantes, les levures et les bactéries a rattrapé son retard.

Il existe aussi des microchromosomes naturels, et ils se rencontrent
largement dans différentes espèces et règnes. Ils peuvent être présents
dans le noyau, aussi bien que dans les "organelles" cellulaires qui sont
responsables de la photosynthèse, la transformation de l’ énergie et
d’autres processus fondamentaux de la vie. Ils sont dépourvus, de façon
caractéristique, d’ADN régulateur, et peuvent exister dans des nombres
très variables de copies dans la même cellule. Le rôle et le
fonctionnement des minichromosomes naturels est peu compris, mais il sont
probablement importants dans le processus d’ajustement à des conditions
d’habitats différentes ou changeantes.

Une caractéristique des minichromosomes naturels et artificiels qui a
attiré l’attention des biotechnologistes, est qu’ils semblent être plus
"indépendants" du reste du matériel génétique que les chromosomes
nucléaires plus grands. C’est à dire que leur expression ne semble pas
être déterminée par - et semble avoir peu d’influence sur - le
comportement des autres chromosomes. Quand des gènes étrangers sont
insérés, le matériel génétique des minichromosomes artificiels n’est pas
"réduit au silence" ou "effacé", comme cela se produit souvent avec les
gènes insérés dans des chromosomes existants. Une fois insérés dans la
cellule, les minichromosomes artificiels demeurent aussi physiquement
indépendants des autres chromosomes et du matériel génétique ; ils ne sont
pas incorporés dans l’ADN autochtone et ne provoquent donc pas de
mutations dans l’ADN autochtone. L’industrie et les labos développant et
utilisant la technologie affirment donc que les minichromosomes éviteront
les effets secondaires du génie génétique car il n’y aura pas de
perturbation du matériel génétique.

Que sont les organelles ?

Les organelles - nommées aussi plastides- sont de minuscules structures
qui existent à l’intérieur des cellules animales et végétales. Elles sont
les sites où les processus fondamentaux se déroulent, telles que la
photosynthèse ou la respiration de la cellule. Elles incluent les
chloroplastes, les ribosomes et les mitochondries. Il y a de multiples
copies par cellule, chacune avec son propre ADN. Si un gène étranger ou un
chromosome artificiel est inséré dans une organelle, la cellule va le
multiplier, produisant de nouvelles cellules avec de multiples copies du
gène inséré. Sous certaines conditions qui peuvent être induites, les
cellules des plantes accroissent aussi le nombre de copies de leur
organelles. De cette façon, les organelles GM ont le potentiel d’assurer
de multiples copies de l’ADN inséré et donc un niveau très élevé
d’expression des gènes modifiés, en théorie beaucoup plus élevé que le
niveau amélioré qui peut être obtenu avec les minichromosomes.

Bien que des efforts pour transformer les organelles - particulièrement
les chloroplastes- aient été fournis pendant la dernière décennie, cette
transformation n’a réussi que pour seulement quelques espèces de plantes.
Cela se fait toujours "à l’ancienne" -on insère des gènes étrangers dans
l’ADN organelle (plastide) - et fait par conséquent face aux limitations
sérieuses de cette approche."

Qu’est-ce qui peut être réalisé avec ces technologies ?

Résumé :

Selon l’industrie,
avec les minichromosomes, on pourra :
- insérer plusieurs gènes dans une cellule pour faire des traits complexes
(ce qui reste à démontrer car la présence de gènes multiples ne garantit
pas l’expression d’un trait complexe)
- réaliser des empilages de gènes dans une variété (et donc plus de profits)
- diminuer les effets secondaires qui rendent non viables beaucoup d’OGM
- contourner des mécanismes de contrôle génétique ce qui permettra
d’obtenir des niveaux plus élevés de stabilité d’expression
- fabriquer n’importe quelle substance à partir de génie génétique

L’industrie prétend que ces nouvelles techniques vont permettre de
résoudre la faim dans le monde et résoudre les problèmes environnementaux. Mais concrètement l’industrie biotech n’investit pas beaucoup dans les cultures alimentaires et se concentre plutôt sur la pharmacie, la production de protéines animales et humaines, les biocarburants ainsi que la production de matériaux bruts ou de toxines. D’autres utilisations possibles incluent la production d’additifs alimentaires, d’hydrates de carbone, d’ ARN, de lipides, de carburants, de vaccins, d’anticorps, d’hormones, etc... Des plantes, des larves d’insectes, des mousses, etc..pourraient ainsi servir d’usines de production de médicaments ou d’autres produits.

Mais ce n’est pas tout. Les minichromosomes devraient permettre d’altérer
à volonté la physiologie et l’architecture des plantes, y compris le
processus de photosynthèse, une immense palette d’altérations possibles
s’ouvrant ainsi parmi lesquelles l’industrie choisira les modifications GM
les plus profitables.

Avec les organelles, on obtiendra :
- une hyperexpression des transgènes, donc des niveaux de production bien
plus élevés de n’importe quelle substance fabriquée par la plante GM
- (les organelles étant transferrées par "l’héritage maternel" sous forme
de copies identiques) le passage stable de l’ADN étranger aux générations
suivantes. L’industrie affirme que, les grains de pollen et les cellules
de la semence ne transportant pas d’organelles GM, il n’y a pas de
possibilité pour qu’elles soient transferrées accidentellement aux autres
organismes. Les organelles GM seraient donc un outil puissant de
biosécurité pour prévenir la contamination.

Deux firmes travaillent dur à la combinaison des deux techniques :



Bayer
avec Icon Genetics Inc (succès de fabrication de plastides et un
brevet au moins attaché aux minichromosomes.)
Monsanto, avec Chromatin Inc, Syngenta, dans une moindre mesure

Qu’est ce que l’on peut attendre de tout cela ?

Résumé :

La production de tous les types de molécules et de produits chimiques est
aujourd’hui à portée de main. Cela signifie la production massive de
cultures GM de substances toxiques pour lesquelles aucune autorisation ni
aucuns tests ne seront requis.

Même si les plastides modifiés ne sont pas transférés via le pollen dans
99% des cas, étant donné le nombre colossal de grains de pollen que peut
produire une plante, 1% de transfert est suffisant pour produire une large
contamination. Les gènes toxiques seront disséminés à une vitesse
inférieure que dans le cas des transgènes actuels, mais ils seront bien
disséminés.

Les minichromosomes artificiels partageant beaucoup de caractéristiques
avec l’ADN bactériel, le transfert des chromosomes artificiels via les
bactéries conduira à de nouvelles formes de contamination entre espèces
mais aussi entre les règnes.

L’hyperproduction de substance toxique qui peut être dommageable à la
plante elle-même, loin d’être vue comme une raison de stopper ces
recherches, va justifier le recours à des formes différentes de
technologie Terminator. Bayer développe des plantes avec des gènes qui
contrôleront l’expression d’autres gènes à presque n’importe quel point de
développement. Le contrôle peut être activé ou désactivé en appliquant en
externe des substances aussi diverses que de l’ADN, de l’ARN, ou du
lactose, de la tétracycline, de l’arbinose, de l’éthanol, des stéroïdes,
des ions de cuivre, et ainsi de suite. Une fois que cette technologie sera
acceptée, plus rien n’empêchera l’industrie de l’utiliser pour produire
des graines Terminator.

Et bien sûr cela ouvre un vertigineux horizon d’ "inventions" brevetables.

(Résumé et traduction, Sylvette Escazaux 17 février 2009)

Groupe de Recherche en Agriculture Biologique

— - www.grab.fr ---

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