PROVENSOL | CAUCHEMARS

UN PATRON A BESOIN D’OUVRIERS SANS PAPIERS

POUR BIEN TRICHER

Des centaines de tonnes de tomates espagnoles vendues comme tomates provençales.

dimanche 22 juin 2008, par Forum Civique Européen

Depuis hier matin (16 juin 2008), François Otta, 70ans, maraîcher bien connu de Berre-l’Étang, est en garde à vue dans les locaux de la section de recherches de la gendarmerie d’Istres.Ce personnage, au caractère bien trempé, est soupçonné, entre autres accusations, d’avoir, depuis plusieurs mois, importé des tomates d’Espagne et de les avoir réétiquetées, dans ses installations de Berre, pour les revendre à prix fort sous l’appellation "produits de Provence". Cette tromperie pourrait quasiment passer pour banale si François Otta n’avait été, pendant de longues années, un syndicaliste agricole et farouche opposant de l’importation, en France, de fruits et légumes d’Espagne !

Depuis hier matin (16 juin 2008), François Otta, 70ans, maraîcher bien connu de Berre-l’Étang, est en garde à vue dans les locaux de la section de recherches de la gendarmerie d’Istres.

Ce personnage, au caractère bien trempé, est soupçonné, entre autres accusations, d’avoir, depuis plusieurs mois, importé des tomates d’Espagne et de les avoir réétiquetées, dans ses installations de Berre, pour les revendre à prix fort sous l’appellation "produits de Provence". Cette tromperie pourrait quasiment passer pour banale si François Otta n’avait été, pendant de longues années, un syndicaliste agricole et farouche opposant de l’importation, en France, de fruits et légumes d’Espagne !

Le scénario, démonté par les gendarmes, était parfaitement rodé. L’agriculteur achetait de grandes quantités de tomates (mais aussi de concombres) dans la péninsule ibérique qu’il payait en argent liquide. Puis, ces mêmes produits étaient revendus plus du double (1,30€ le kilo contre 0,50€ à l’achat) aux centrales d’achats chargées de fournir les grandes surfaces de la région. Pour ses menues taches, l’homme employait du personnel non déclaré. Hier matin, les 150 gendarmes (d’Istres, Berre et le Gir de Marseille) ont d’ailleurs interpellé, sur place, 24personnes, en plus de François Otta.

Aucune d’elles n’était déclarée. Douze de ces travailleurs sont des Marocains, entrés illégalement sur le territoire et que le mis en cause hébergeait contre rétribution dans des bungalows sordides. Une source proche de l’enquête estime que "le nombre de personnes employées illégalement serait plutôt de l’ordre de la quarantaine mais les grèves des routiers ont empêché tous les ouvriers, de prendre leur travail ce matin (lire hier)."

Train de vie
Les investigations ont permis de démontrer que l’homme brassait des quantités astronomiques d’argent liquide. Ses valeurs immobilières mais aussi ses contrats d’assurance-vie ne coïncideraient pas avec le train de vie déclaré par l’exploitant. Officiellement, l’homme est non imposable. Il devrait, aujourd’hui, être déféré devant un magistrat. Il devra répondre de "tromperie sur la marchandise", "travail dissimulé", "aide au séjour clandestin" et "abus de biens d’une société de produits agricole".

Publié le mardi 17 juin 2008
par Stéphane Rossi srossi[at]laprovence-presse.fr

Le trafic de tomates porte sur des centaines de tonnes

À Berre, la famille Otta et deux grossistes sont toujours en garde à vue

Les tomates étaient réemballées dans les installations du lieu-dit Mauran, un des quartiers cotés de Berre.

Les militaires de la compagnie de gendarmerie d’Istres et les services des impôts ne sont pas au bout de leurs surprises. Vingt-quatre heures après l’interpellation de François Otta, agriculteur bien connu à Berre-l’Étang, les gendarmes continuent de démanteler le tentaculaire réseau mis en place par cet homme de 70 ans.

Régulièrement, il se fournissait chez un grossiste de Perpignan à qui il achetait des tomates ibériques à 50 centimes d’euros le kilo. Il les faisait ensuite réemballer dans ses installations du lieu-dit Mauran, un des quartiers cotés de Berre, avant de les livrer à deux grossistes. Ces derniers, rémunérés à la commission, étaient chargés de placer ces produits dans les centrales d’achats de grandes surfaces notamment qui les rachetaient à 1,30€. Ils étaient, selon une source proche de l’enquête, informés du changement d’appellation. Ils seront sans doute poursuivis pour abus de biens d’une société de produits agricoles (l’équivalent d’un abus de bien social) et complicité de tromperie.
C'est ici quew des centaines de tonnes de tomates ont été traffiquées.
François Otta, sa femme et sa fille, seront déférés devant un magistrat aujourd’hui même. Ils sont suspectés d’avoir démarré ce trafic au sein de l’entreprise familiale, depuis "au moins dix ans". Sur les six derniers mois, le trafic porterait sur "au moins une centaine de tonnes" de tomates indûment étiquetées comme étant issues de Provence. Un volume conséquent qui laisse facilement imaginer l’ampleur de la fraude mise sur pied. L’autre volet de l’enquête concerne l’emploi de main-d’oeuvre non déclarée et plus particulièrement d’immigrés en situation illégale sur le territoire. Selon un enquêteur, l’homme hébergeait des Marocains dans des conditions de vie, "totalement inhumaines". Certains d’entre eux dormaient dans les serres. D’autres dans des bungalows. Neuf ont été placés en centre de rétention administrative, à Marseille. L’enquête se poursuit.

"Nous sommes à la fois soulagés et en colère"

À Berre-l’Etang, on parle déjà "d’affaire Otta"... Une affaire qui agite la paisible campagne de cette commune où les exploitations maraîchères s’étalent à perte de vue sur une bonne centaine d’hectares. Et qui suscite de nombreux commentaires de la part des agriculteurs dont les sentiments sont partagés. "D’une certaine façon, nous sommes soulagés car nous nous doutions depuis longtemps qu’il avait de telles pratiques, mais nous sommes aussi en colère car nous craignons que cette affaire jette le discrédit sur l’ensemble de notre profession qui traverse déjà une crise économique sans précédent", commente Françoise Ballatore, la présidente du syndicat des agriculteurs de Berre qui est rattaché à la fédération départementale des exploitants agricoles (FDSEA).

Sa structure réunit une soixantaine d’adhérents sur les quelque cent agriculteurs berrois. "Nous sommes regroupés en organisation de producteurs, conventionnés avec l’État et soumis à des contrôles réguliers sur la marchandise, plaide-t-elle. Cela fait vingt-deux ans que je préside ce syndicat et je peux affirmer que François Otta n’en faisait pas partie ! Il était discret, toujours à l’écart. Il ne participait jamais à nos réunions et encore moins à nos actions." Des actions visant justement à dénoncer la concurrence des tomates étrangères, d’Espagne ou d’ailleurs, jugée "déloyale". A fortiori si elles sont vendues par un producteur du cru...

Publié le mercredi 18 juin 2008
par Stéphane Rossi ( srossi[at]laprovence-presse.fr )
& Laurent Alexandre ( lalexandre[at]laprovence-presse.fr )

L’affaire des tomates : la fin de l’omerta à Berre ?

Les pratiques frauduleuses du maraîcher étaient connues

L’arrestation et la mise sous écrou de François Otta n’ont pas fini d’agiter le paisible hameau de Mauran, situé au coeur de la plaine berroise, où les villas côtoient les exploitations agricoles. Et où ce maraîcher peu scrupuleux, soupçonné de "tromperie sur la marchandise, travail dissimulé, aide au séjour clandestin et abus de biens d’une société de produits agricoles" était connu comme le loup blanc.

Alors que l’enquête des gendarmes se poursuit à la recherche d’éventuels complices, les langues se délient et brisent l’omerta. Jusqu’à jeudi soir, François Otta occupait la très respectable fonction de vice-président de la coopérative agricole de Berre. Lors d’une "réunion de crise", le conseil d’administration de la "Coop’" l’a "lâché" en le révoquant, à l’unanimité. "Aujourd’hui, la profession se désolidarise de François Otta, c’est très bien, mais comment a-t-elle pu rester muette durant toutes ces années alors que tout le monde savait qu’il avait de telles pratiques ?", s’interroge Jean-Yves Constantin, travailleur agricole à Berre et délégué CFDT.

L’exploitation de la famille Otta est l’une des plus importantes de la plaine berroise.

"C’est vrai que tout le monde savait et que c’était une erreur de l’avoir comme vice-président", admet Daniel Roche qui est, tout à la fois, membre du conseil d’administration de la "Coop’", producteur de tomates et porte-parole du Modef (Mouvement des exploitants agricoles familiaux). "Mais attention aux amalgames ! L’activité de la coopérative n’a rien à voir avec ce trafic de tomates. Notre Coop’ est un regroupement d’agriculteurs qui achètent, en commun, des intrans (engrais, pesticides...) pour les besoins de leurs productions. Étant donné que son exploitation est l’une des plus importantes de Berre, la coopérative ne pouvait, économiquement parlant, se passer d’un tel client", justifie-t-il.

Mais pourquoi un tel silence alors que ses pratiques commerciales frauduleuses constituaient une concurrence déloyale ? "Il faisait peur, il avait la réputation d’un prédateur qui profitait des difficultés d’autres agriculteurs pour s’étendre", confie Daniel Roche qui affirme, par ailleurs, que des courriers anonymes avaient été envoyés, "à plusieurs reprises", pour dénoncer ce trafic aux autorités...

Publié le samedi 21 juin 2008
par Laurent Alexandre ( lalexandre[at]laprovence-presse.fr )

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