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Fos (4ième partie)

Incineration à Fos : ILLUSION ET MENSONGES

Quelques jours avant le rassemblement du 25 novembre

dimanche 19 novembre 2006, par Forum Civique Européen

Dans cette affaire de l’incinérateur de Fos, il y a comme un raccourci des illusions dangereuses et des mensonges irresponsables inspirés par une logique industrielle qui s’emballe au détriment des droits vitaux des populations.

Aujourd’hui, la critique de ce projet d’usine passe par la réfutation des faux arguments propagés pour minimiser autant que possible le surcroît de nuisances qu’elle va générer dans un milieu de vie déjà gravement sinistré par la pollution.

Il est scandaleusement faux d’affirmer que la mise aux normes des incinérateurs a fait disparaître les dangers inhérents aux effluents toxiques. Tous les bilans sanitaires et écologiques prouvent que la plupart des pathologies, et en premier lieu les cancers, ne cessent d’augmenter dans le périmètre des « nouveaux » incinérateurs. Dans son ouvrage, « Ces maladies crées par l’homme », le Dr Belpomme, l’un des cancérologues de « L’Appel de Paris »(1), rappelle que le grand boom chimique qui sévit depuis les années soixante a généré plus de 100.000 molécules dont l’analyse scientifique ignore la plupart des propriétés combinatoires. 5 000 d’entre elles seulement ont fait l’objet d’études. Les cancers provoqués par nombre d’entre elles est une affaire de nanogrammes. Actuellement il est impossible d’identifier tous les poisons que la combustion des déchets rejette dans l’atmosphère. En fait, aucun filtre, si performant soit-il, n’élimine le danger lié à la fois au temps d’exposition et à l’accumulation de ces molécules dans les organismes vivants (homme, animal, plante, sol). A Albertville, le prétendu filtrage des métaux lourds n’a fait qu’accroître la concentration de dioxines. Outre l’accroissement des pathologies liées à la contamination de l’atmosphère et de la chaîne alimentaire, il a fallu détruire 10 000 tonnes de foin impropre à l’alimentation du bétail.
Officiellement, à l’instar du Ministère de l’Environnement, on se targue des nouvelles normes en vigueur. Mais ces normes fixent arbitrairement des plafonds de rejets (par exemple, 0,05 milligramme de mercure par m3) pour une vingtaine de polluants seulement. Ce que les technocrates qui légifèrent se gardent bien de préciser c’est qu’un incinérateur de 200 000t par an rejettera sur 20 ans plus de 20 milliards de m3 de fumées. Il faut donc en finir avec l’illusion d’éliminer totalement la dangerosité des résidus incinérés. L’incinération a beau réduire de 90% le volume et de 75% le poids des déchets, il reste qu’une tonne génère 300 kg de mâchefers toxiques, 30 kg de cendres hautement toxiques et 600 kg de fumées pathogènes. A court ou à long terme l’incinération continuera bon an mal an de tuer des milliers de gens.

En 1998, le Comité de prévention et de précaution, organisme sous tutelle du Ministère de l’Environnement estimait déjà qu’entre 1800 et 5200 décès annuels étaient imputables en France aux cancers provoqués par la dioxine.

Normes 2002 pour un incinérateur de 200 000t/an.

Polluant : Par m3 sur 20 ans Toxicité

Arsenic, plomb etc 0,5 mg 12 tonnes
Cancer

Acide chlorydrique 10 mg 240 tonnes
Maladies respiratoires

Dioxine 0,1 ng 2,4 g
Cancer

Mercure 0,05mg 1200 kg Cancer, malformations

Cadmium et thalium 0,05 mg 1200 kg Cancer

Oxydes d’azote 200mg 4800 tonnes Maladies respiratoires

Dioxyde de soufre 50 mg 1200 tonnes Maladies respiratoires

Acide fluorhydrique 1mg 24 tonnes Maladies respiratoires

Substances organiques 10 mg 240 tonnes Cancer

Poussières 10 mg 240 tonnes Immunotoxique

Monoxyde de carbone 50mg 1200 tonnes Maladies respiratoires.

De là l’urgence croissante de trouver d’autres solutions.

En se conformant à la Convention de Stockholm ratifiée par la France en 2004 où l’on préconise des procédures de substitution la France aurait tout à gagner à développer un certain nombre d’alternatives. Elles sont viables tant du point de vue écologique qu’économique.
En 1999, le rapport de Robin Murray « créer la richesse à partir des déchets » estimait qu’un programme adéquat de recyclage en Grande Bretagne créerait entre 50 et 60 000 emplois : 15 000 pour les opérations de collecte et de tri, entre 25 000 et 40 000 postes pour le démantèlement des incinérateurs et le retraitement. Aux USA, une étude du World Watch Institute a calculé le nombre de postes nécessaires au traitement d’un million de tonnes de déchets de la ville de New York. La mise en décharge créerait de 40 à 60 emplois, l’incinération de 100 à 290 emplois, le compostage de déchets triés de 200 à 300 postes et le recyclage de 400 à 600 postes.
Autre argument en trompe l’œil : la valorisation énergétique de l’UIOM, source d’énergie rentable et renouvelable. Double contre-vérité, dûment constatée et jugée par la Cour de Justice des Communautés Européennes. En réalité, la combustion des déchets ne génère au mieux que 20 à 30% d’énergie thermique. De plus, selon la directive 2001/77, la CE assimile le produit de la combustion à de l’énergie fossile, dans la mesure où l’incinérateur transforme une part importante de matières synthétiques issues du pétrole. L’incinération d’une tonne de déchets dégage une tonne de CO2 et contribue ainsi aux effets de réchauffement climatiques. En moyenne, selon une étude des Amis de la Terre de G-B,(2) les UIOM produisent 33% de CO2 de plus que les centrales électriques au gaz. Si l’on en croit le rapport de l’Agence de protection de l’environnement américaine, augmenter de 1% le taux de recyclage aux USA équivaudrait à diminuer l’émission en CO2 de 1,2 millions de voitures.
Sur la destinée inoffensive des résidus de l’incinération, les ténors de l’exploitation des UIOM en France (Suez, Véolia, Bouygues, EDF, etc...) rivalisent en littérature édulcorante. A grand renfort de prospectus et d’avis d’experts, il s’agit de banaliser la pratique des résidus ultimes et leur valorisation sur le marché.
En définitive, les 6.000 tonnes de déchets hautement toxiques (métaux lourds, dioxines), qu’une centrale de 200 000 t/an libère sous formes de « cendres volantes » sont déversées comme déchets industriels dans des décharges réservées aux déchets ménagers, de même qu’une partie des 60.000 tonnes de mâchefers qu’elle produit annuellement. Il est alors pratiquement impossible d’en contrôler les effets de percolation dans les sols et les nappes phréatiques. Quant à la partie, déclarée par les experts-maison sans danger pour l’environnement, elle sera recyclée comme soubassement des voies de communication, « à une distance minimale de 30 mètres des cours d’eaux ». Dérisoire précaution. Jusqu’à ce jour, aucune expertise n’a évalué la dangerosité de ces matériaux à forte teneur en dioxines. A plus forte raison, quand ces résidus sont exportés et « valorisés » illégalement (parmi d’autres rebuts de l’industrie), en Afrique, En Inde ou en Chine. Comme 75% de cette exportation des pays riches vers les pays pauvres est inutilisable, ces déchets ( médicaments, électroménagers, équipements électriques et électroniques) finissent dans les cours d’eau et les marais ou sur des décharges sauvages à ciel ouvert où des milliers de misérables viennent s’approvisionner à longueur d’années…

L’ultime trucage des industriels de l’incinération porte sur le contrôle.

C’est un fait notoire que les centres sont avertis à l’avance des vérifications « inopinées », chichement pratiquées par des experts acquis à l’argumentation officielle. Pour la dioxine, l’évaluation n’intervient qu’une fois par. Les quantités relevées ne représentent donc que 3 à 6 heures de fonctionnement sur les 7500 heures de fabrication annuelle. Une étude indépendante sur 15 jours d’émission continue a établi que les rejets de dioxine étaient 30 à 50 fois supérieurs aux doses certifiées (entre 0,20 et 0,25 ng/m3). Même désinformation sur la teneur des cendres et des machefers (jusqu’à 10ng par kilo). On ose à peine imaginer l’impact des 3 millions de tonnes annuelles de ces derniers résidus que l’industrie dissémine dans la nature. A vrai dire, c’est dans la pratique des alternatives et dans leur incidence écologique que l’on prend toute la mesure de ce qu’il ne faut plus tolérer.

Jean Duflot www.radiozinzine.org

Retrouvez les épisodes précédents :

et tout sur l’incinération dans notre dossier spécial

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