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Quand la spéculation se rue sur les denrées alimentaires !

samedi 19 avril 2008

En un jour, le prix du riz a augmenté de 30 % sur les marchés mondiaux. Des émeutes ont éclaté en Afrique de l’Ouest. Sylvain, agent commercial international, a accepté de guiderCQFD dans cette jungle. Bienvenue chez les traders de l’apocalypse !

Du riz aux larmes

Jeudi 27 mars, en quelques heures, le cours du riz a flambé. « Fin février, il valait 520 dollars la tonne. Là, 660. » Personne ne s’en est ému, sauf au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso, en Égypte. Sylvain Chalfen, ancien restaurateur bio, s’est reconverti dans le commerce international : « Ici, une augmentation du riz n’est pas dramatique. On peut changer d’habitude alimentaire. Mais en Afrique, ils n’ont pas le choix. Leur riz vient d’Asie. Il est donc soumis aux fluctuations et aux spéculations. » La culture du riz africain a continuellement baissé depuis les années 60. Un riz asiatique bon marché l’a remplacé. C’est ce que les Africains appellent le riz cassé ? « Oui, on fait le riz blanc en le polissant. Avec les brisures, on fait ce riz cassé, qu’on vend meilleur marché. Les Africains s’y sont habitués, il ressemble au riz issu du mode de décorticage traditionnel, non mécanisé. Sauf qu’aujourd’hui, même le riz cassé est hors de prix. » Et le riz africain ? Exporté, comme le maïs mexicain. « Production et productivité ont fortement augmenté ces vingt dernières années en Asie. Mais le riz est l’aliment le plus consommé sur la planète. Entre 10 et 20 kg par an et par tête, dans certains pays. »
Quid des mutations du monde agricole ? « De nombreuses terres agricoles sont passées à la production de biocarburants, plus rentables. Ce qui donne moins de disponibilité alimentaire sur le marché. Du coup, les prix flambent. » Idéal pour spéculer, non ? « Les marchés financiers ont de gros problèmes. On l’entend tous les jours : crise des subprimes, banques en faillite, krach. Du coup, les boursicoteurs, au lieu de se contenter d’acheter et de vendre des actions, se mettent à spéculer sur les matières premières, entre autres alimentaires. Ils achètent de grosses quantités, puis ils les revendent deux mois plus tard, ce qui fait monter les prix. » Comme les accapareurs du XVIIIe siècle avec le blé ? « Oui, et le phénomène s’est accéléré ces deux dernières années. » Et toi, que fais-tu dans cette galère ? « Associé à un Français installé en Inde, j’ai fait des offres de riz bio, basmati ou thaï, ici en France. On a eu des appels de clients africains ou malgaches, qui cherchaient du riz moins cher que le bio. Même si ça sort un peu de notre état d’esprit, l’urgence alimentaire de certains peuples africains nous a interpelé. Mais c’est difficile : il ne s’agit plus d’affréter 5 ou 10 conteneurs, mais 25 000 tonnes par mois pour nourrir 7 millions de personnes. On entre en concurrence avec des fournisseurs qui veulent garder la part belle du marché. »

L’Afrique peut-elle suivre cette inflation ?

« À 300 dollars la tonne, notre offre était sur le point d’aboutir, mais comme en moins d’un an on est passé à 600, le gars te dit non, je vais attendre que ça baisse. Mais le consommateur ne peut pas attendre. Résultat : les récentes émeutes en Afrique de l’Ouest. » Début 2007, en Guinée, une grève générale a exigé l’arrêt des exportations tant que les besoins de la population ne sont pas satisfaits. « La Thaïlande, premier exportateur de riz au monde, régule les importations pour protéger son marché intérieur. En Afrique, on ne voit pas ça. Récemment, un ministre malien disait vouloir supprimer les taxes à l’importation dans l’espoir d’augmenter la disponibilité de denrées. J’espère que ce ne seront pas que les grossistes qui en profiteront. » Mais il n’y a pas que les gouvernants africains qui sont aveuglés par les dogmes de l’OMC. Récemment, un préfet de région a refusé l’aval de l’État aux ouvriers qui voulaient relancer l’activité de l’usine Lustucru d’Arles, en relation avec les riziculteurs de Camargue. Il a prétendu qu’il n’y avait ni matière première, ni débouché local ! « Je crois qu’au contraire, il faut rétablir tout de suite les cultures autochtones. » Tu te tires une balle dans le pied, là ! « Oui, mais je ne suis pas un gros trader, je ne cherche pas à m’enrichir, simplement à subvenir à des besoins. »

Un militant, Sylvain ? « Oui et non. Je soutiens modestement des ONG. Je fais partie d’un collectif qui cherche, avec le micro-crédit et un support technique, à aider les paysans de là-bas à récupérer une agriculture visant la souveraineté alimentaire. Je pense que cette conscience se développe, y compris pour ici. On ne peut plus dépendre indéfiniment du commerce global, d’un transport de plus en plus cher et de la bourse. Si la bourse se casse la gueule, on ne bouffe plus ? »

Et l’avenir proche ? « Le Pakistan et l’Inde font d’énormes stocks de sécurité dans les greniers d’État. Ils se préparent à une crise alimentaire majeure. Le gouvernement indien n’autorise plus d’exportation de riz basmati à moins de 900 dollars la tonne. Pour réguler leur marché intérieur, ils font augmenter le prix sur le marché international. À tout ça, il faut ajouter les frais douaniers, le coût du transport et la marge de chaque intervenant, certains prenant jusqu’à 25 % ! »

À l’OMC, ils s’en contrefoutent. Quand il n’y a pas de riz, ils mangent leur argent.

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