PROVENSOL | CAUCHEMARS

ATTAC - Université d’été du 25 au 28 août 2015 à Marseille

Enfin, de nouveau d’ATTAC

Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne

samedi 29 août 2015, par Forum Civique Européen

A deux cent pas de l’université St Charles, face à la gare du même nom à Marseille j’ai commandé une pression. "Vous travaillez pour la supérette ATAC ?" C’est vrai, j’ai encore le carton de l’université d’été d’ATTAC France collé sur ma poitrine. "Non je ne suis pas dans ce business. Mais vous ne connaissez pas ces gens qui se bagarrent contre le monde de la finance ? Vous n’avez jamais entendu parler d’ATTAC ? " - "Non, désolé je ne connais pas, jamais rencontré !"
Je lui explique que c’est une organisation citoyenne qui lutte contre le monde de la finance. Contre les banques, qui imposent de plus en plus leurs lois à l’ensemble des humains de la planète. Et je regarde sur le comptoir et sur les tables. Effectivement, la Marseillaise, partenaire médiatique de cette manifestation estivale et studieuse ne s’y trouve pas. Seule la Provence qui titre « l’été en OR » : 14 millions de touristes, la région reste la plus visitée de France.

Jamais encore dans l’histoire du mouvement ATTAC, il n’y a eu autant de participants que cette année 2015.

Je me demande si ce sont les diverses thématiques d’actualité comme la prise en otage du peuple grec par la troika à deux tiers européenne, le débat et l’opposition contre le traité TTIP, TAFTA (Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement), la préparation de la COP21 (Conférence des Nations unies sur le changement climatique à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015), la possibilité de se ressourcer intellectuellement grâce à la présence de nombreuses "sommités" de la résistance citoyenne ou la menace d’un futur gouvernement régional FN ou droite mafieux... qui sait ?

Hervé THOMAS, ATTAC

Hervé THOMAS, membre du CA d’ATTAC et activiste au sourire entraînant a œuvré pour une rencontre très bien organisée. En plus il a proposé des rendez-vous extramuros, comme la projection de films au cinéma Gypties (entre autres avec le court métrage à ne pas rater :DISCIPLINE Christophe M.SABER) et la fête de clôture « au point bascule » assaisonnée par une chorale sympa.

Eric Toussaint, l’inépuisable économiste et spécialiste de la dette au CADTM (Comité pour l’annulation de la Dette du Tiers Monde), a été sollicité par la présidente du parlement grec Zoé Konstantopoulou (Syriza) au mois de février 2015 pou animer une commission d’une trentaine de personnes et réaliser une analyse de la dette publique grecque. Un travail appelé aussi audit de la dette, qui définit la part odieuse, illégitime et illégal de la dette publique. Les conclusions de cet analyse ont été présentées le 18 juin au parlement grec. Ce rapport - traduit en français- était tout juste sorti des imprimeries et disponible à temps pour l’université d’été d’ATTAC à Marseille.

En résumé Eric Toussaint a constaté qu’il aurait été probablement plus efficace pour les négociations avec les créanciers d’appliquer une très vielle règle de la dette.
"Si tu dois 10’000 € et tu n’est pas en mesure de les rembourser, cela te pose des problèmes pénibles. Mais si tu dois 100 millions d’euro, ce n’est plus toi qui a des problèmes mais le banquiers qui te les ont prêtés."
Cette petite vérité, je la connaissais déjà. C’est l’ancien chancelier autrichien Bruno Kreisky - un véritable social-démocrate - qui nous l’avait racontée dans les années 80. Aujourd’hui, cette petite vérité est systématiquement appliquée par les banquiers eux mêmes, puisqu’ils ont mis les États européens dans la position du prêteur en dernier ressort, via la BCE, qui elle ne peut pas prêter aux États. Les banques, trop grandes pour faire faillite, menacent donc les États, s’ils ne les protègent pas, de les attirer dans l’abîme de la faillite... Et comment on les sauve ces banques systémiques ? L’État doit s’endetter auprès des mêmes qui menacent de faire faillite....

Eric Toussaint propose aux gouvernements face au chantage de la dette, de ne pas rembourser. Point barre.

Ceci crée un rapport de force pour une négociation sérieuse.
Deuxio. L’État ne doit pas recapitaliser les banques. Il peut les laisser partir en faillite. Ensuite un tri sérieux des dettes peut être effectué - ce qui est odieux, illégitime ou illégal va à la poubelle. Les fonds de retraites, les assurances maladies et de chômage, les budgets municipaux, les crédits des écoles et des universités, les prêts pour l’économie réelle, bref, tout ce qui n’est pas géré via des paradis fiscaux, méritera ainsi l’attention du gouvernement. Un peu comme les Islandais l’ont fait après la crise de 2008. D’ailleurs à ce sujet, ne ratez pas le film QUI SAUVE QUI ? Il présente les mesures du peuple et du gouvernement islandais. Instructif.

Le plus surprenant dans l’intervention d’ Eric Toussaint est sa troisième proposition.

Les gouvernements européens qui s’opposent à la politique d’austérité imposée par les instances européennes, devraient mettre en place une unité de paiement pour les échanges internes , qui fonctionnerait uniquement par téléphone portable et Internet. Donc les frais de mise en place seraient pratiquement nuls. Pas de coûts pour l’impression des billets ni pour l’émission des monnaies. Des lignes téléphoniques et quelques ordinateurs suffiront.

Mais cela veut dire quoi au juste ?

Mettre en place une monnaie complémentaire qui favorise la circulation monétaire intérieure et donc les échanges réels permettrait d’expliquer à l’ensemble de la population que la monnaie peut être autre chose qu’un instrument de pouvoir, de domination et d’enrichissement pour les fortunés. Que la monnaie est un contrat social, un bien commun et que la monnaie peut être un outil pour la justice sociale. Il suffit de changer quelques règles. En plus l’instrument ainsi proposé n’a pas besoin des infrastructures bancaires.

Eric Toussaint n’a pas approfondi cette suggestion et ce qu’elle représente. Il n’a pas non plus réagi publiquement par rapport à la proposition qui a été émise dans la salle, de lancer une obligation européenne de solidarité citoyenne pour le peuple grec. Le fonds ainsi créé en Grèce pourrait - en tout légalité - émettre une unité de paiement complémentaire qui pourrait être adossée, au moins dans un premier temps, à l’euro. Bernard Lietaer, co - concepteur de l’Euro, ancien membre du directoire de la Banque centrale Belge et aujourd’hui un des plus importants dissidents monétaires (Au cœur de la monnaie, Éditions Yves Michel) parle dans un article du faux dilemme de la Grèce en suggérant également la création de monnaies complémentaires face au chantage de l’Union européenne.

Créer une monnaie complémentaire n’a rien à voir avec un Grexit ou un retour à la Drachme.

La confusion démagogique entretenue par les média écarte le propos fondamental de ces outils de paiement modernes : elles permettent une appropriation citoyenne des régulations monétaires. Elles ouvrent un espace démocratique et une prise de conscience pour changer ces régulations. La monnaie et sa régulation font aujourd’hui partie de ce que Alain Accardo exprime ainsi : "L’adhésion au système tire sa force irrésistible de ce qu’elle est de l’ordre du non-dit, de l’impensé, de l’implicite".

Autrement dit, comme le latin au Moyen Age, le charabia médiatique favorise un brouillard de confusion, exclut toute critique de ceux et celles qui ne parlent pas ce langage comme ignorants et empêche l’ingérence du citoyen dans les affaires financières....

Entendre cette proposition, créer des monnaies complémentaires face à la crise, dans le cadre d’une université d’été d’ATTAC est d’autant plus intéressant quand on sait que le conseil scientifique d’ATTAC est excessivement prudent face à des initiatives qui prônent des alternatives non-orthodoxes.

Rêvez un court moment d’une Europe ou les habitants s’approprient de nouveau un instrument de paiement qui échappe à la voracité du système bancaire. Où les échanges réels de proximité et du bien vivre esquivent les contraintes de l’euro et freinent la sacré croissance (voir le film de Marie Monique Robin). Une sorte d’auto-régulation et d’autogestion associative et complémentaire des échanges.

ATTAC serait bien avisée de proposer aux amis grecs d’évaluer les chances de la réalisation d’une telle initiative puisque les mêmes problèmes se poseront bientôt en Espagne, au Portugal et qui sait en France, et s’approprier cette réflexion lors des « marches contre l’austérité » Oxi, Basta, Enough, Genug, qui se dirigeront vers Bruxelles au cours des premières deux semaines du mois d’octobre prochain.

De nombreux sujets mériteraient aussi des résumés détaillés : Le concept des Commons (les communs), les menaces du TAFTA/TTIP et la préparation du sommet de la COP 21 etc.

Pour ma part je tiens à vous faire une confession très personnelle : il y a quelques années, je me suis dit « quand j’aurai atteint l’âge de la retraite je vais créer une association de femmes et d’hommes sages qui aura pour nom : LE COMPLOT DES MATHUSALEMS. Les retraités ont beaucoup de temps, une vie riche en expérience, des connaissances historiques indispensables pour les jeunes d’aujourd’hui - puisque les média diffusent pratiquement que les bobards historiques des dominants - et un rôle à prendre en main, tant qu’ils et elles peuvent encore... »
Quand je suis arrivé à l’université d’été d’ATTAC à Marseille, je me suis dit : pourquoi la créer, elle existe déjà... et heureusement accompagnée d’un grand tiers de jeunes en dessous - disons le - de la quarantaine...

Hannes Lammler
www.journarles.org

NB : La gestion des échanges par téléphones portables, ordinateurs et internet n’est pas LA SOLUTION POUR TOUT. C’est un cheminement de prise de conscience, un instrument pour s’organiser autrement. Les initiateurs du projet PROVENSOL - instrument de paiement régional proposé pour PACA - ont raison de dire, qu’il faut être nombreux, qu’il faut se regrouper pour bricoler et découvrir le potentiel d’autogestion d’un tel outil.
Le système bancaire, lui, propose de mettre à l’écart les monnaies, le flouze palpable, les billets, et veut les remplacer par la carte de paiement, intégrée aussi dans les téléphones portables. Argument : Pour une meilleure gouvernance… et contrôle de la population (voir le Financial Times 23 août 2015). Mais il ne souhaite en aucun cas changer les règles inhérentes à la monnaie « normale » qui produisent ce que Gilles CLEMENT résume dans la préface du livre Dystopia  :
« Dans un élan magnifique l’humanité sous anesthésie souscrit à l’assurance - bonheur - consommation, elle organise son suicide. »

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