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Rupture d’un oléoduc.

Marée noir en plaine de Crau

Extraits d’un article de la Provence du 9 août 2009 complété par des recherches de JournArles

lundi 10 août 2009, par Forum Civique Européen

Le Coussoule de Crau - dernière plaine steppique de France menacé par une multitude de pollutions : l’agriculture industrielle, les industries polluantes du bassin de Fos (Arcelor Mittal, Incinérateurs etc) et aujourd’hui un oléoduc qui fuit. L’écosystème de la plaine de Crau submergé par une vague noire titrent les journaux. Pour le CEEP (Conservatoire des espaces naturels de Provence), co-gestionnaire de la réserve naturelle avec la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, « la destruction de cet habitat est irréversible. Il s’est façonné en 10 000 ans : c’est un peu comme si on badigeonnait de pétrole la grotte de Lascaux ! Par ailleurs, parmi les impacts prévisibles, on s’inquiète des polluants aériens disséminés sur une surface sûrement supérieure à la zone touchée par le pétrole. »
La construction des oléoducs qui ont un diamètre entre 60 cm à 110 cm enterrés à 80 cm avait provoqué, selon des témoins de l’époque à différents endroits la perforation du "tuff", du "taparas" ou poudingue, une roche assez imperméable qui protège une nappe phréatique de première importance. Les assurances données depuis les premiers communiqués du vendredi 7 août, que la nappe précieuse ne serait pas touché inquiète plus d’un habitant dans le bassin de Fos. Et cela d’autant plus, que la zone infestée est fermée pour les médias et les citoyens. On nous apprend même que la SPSE - la Société du Pipeline Sud-Européen - aurait refusé l’accès au sous-préfet d’Arles.

Rappelons quelques faits :


La Provence dimanche 9 août 2009

Non loin du terrain de COMTE, la Cossure

Une steppe sèche unique en Europe dévastée par 4000m³ de pétrole

Les techniciens de la SPSE sont jour et nuit à pied d’oeuvre sur les deux hectares sinistrés. La phase de dépollution pourrait durer plus d’un mois, et se déroulera sous le contrôle de la réserve naturelle des Coussouls de Crau.

Le paysage était déjà désertique. Il est maintenant lunaire, avec d’immenses cratères s’étalant sur plusieurs mètres, dépollution oblige. Après la fuite d’un de ses oléoducs survenue vendredi matin à 7h30, la société du Pipeline Sud-Européen (SPSE) a déployé les grands moyens pour dépolluer les deux hectares de steppe sèche endommagée. Mais le "désastre écologique", dont parlait Chantal Jouanno, la secrétaire d’État à l’Environnement présente sur place, a bien eu lieu.

"La réserve naturelle des Coussouls de Crau recèle un véritable cortège d’animaux, comme 100 couples d’oiseaux rares, les ganga-cata, qui y font leurs nids. On ne retrouve ces oiseaux qu’en Espagne ou en Afrique du Nord, dans les zones désertiques. Les criquets rhodaniens, qu’on ne trouve qu’en Crau, risquent de payer un lourd tribut. Les deux hectares touchés sont dans leur zone de reproduction", indique Guillaume PAULUS, gardien de la réserve naturelle, qui a donné l’alerte après avoir aperçu le geyser de brut.

Si les employés de la réserve ne peuvent qu’approcher difficilement de la zone, la direction de la SPSE (lire ci-dessous) s’est engagée à travailler en collaboration avec les Coussouls de Crau. "Nous allons conseiller la société du Pipeline pour choisir les méthodes de dépollution les moins nocives pour l’environnement. Des trous ont été creusés afin d’y acheminer le pétrole brut au moyen de nappes d’eau. Les restes de pétrole pourront ensuite être dégradés par des bactéries. La phase de dépollution risque d’étendre la zone touchée de trois hectares supplémentaires", explique le gardien de la réserve.

Sur le partenariat engagé avec la SPSE, Guillaume PAULUS est circonspect. "On a un droit de regard et d’action sur le site. Il y a eu concertation, mais rien n’a été mis sur papier. Si les techniques de dépollution employées dégradent davantage le site, la réserve naturelle des Coussouls n’hésitera pas à porter plainte." Il y a cependant un facteur que la SPSE ne maîtrise pas : la météo.

Et les prévisions des prochains jours laissent perplexe. Si des orages s’abattront les jours à venir sur la Crau, le risque de pollution de la nappe phréatique, jusqu’alors écartés, ne sera plus réalité hypothétique.

La réaction d’Olivier de Tinguy, président-directeur général de la société du Pipeline Sud-Européen (SPSE) :

"On exerce une activité risquée"

Olivier de Tinguy, était en vacances lorsque son directeur adjoint lui a appris la nouvelle, vendredi matin. Il s’est rendu hier sur les lieux afin de superviser les travaux de ses équipes, qui ont passé la nuit sur le lieu-dit Cossure, oeuvrant pour la dépollution du site. "Il n’y a quasiment plus de pétrole brut en surface, le boulot a été bien fait, c’est d’ailleurs le seul point positif. Nos techniciens vont se relayer jour et nuit, pour la durée qu’il faudra. Un mois, peut- être…", lâche Olivier de Tinguy, perplexe.

"Ce qui vient d’arriver est extrêmement rare, et il ne s’agit pas d’un acte de malveillance. Le tuyau a éclaté de lui-même. Lorsque cela arrive, c’est qu’il y a des travaux effectués à proximité, mais dans ce cas, il n’y a rien sur plusieurs kilomètres."Le p.-d.g. de la SPSE entend travailler main dans la main avec les responsables de la réserve naturelle des Coussouls de Crau. "Nous procédons au nettoyage du site suite à un contrat de partenariat avec la réserve, et nous veillerons à ce qu’il n’y ait pas de corrosion, grâce à un système de protection cathodique comme sur les bateaux.

"Nous sommes aussi équipés de racleurs acoustiques de fuites. Rien à voir avec les méthodes plus sauvages utilisées encore il y a quelques années", explique Olivier de Tinguy, qui se dit prêt à assumer les frais d’une telle catastrophe écologique, face à la plainte déposée par la mairie de Saint-Martin-de-Crau.

"On exerce une activité risquée, et on s’attend à ce genre de chose. La justice déterminera si c’est une faute ou un impondérable. En tout cas, nous sommes sincèrement désolés de ce qui est arrivé, et nous ne repartirons pas du site sans nous être assurés de sa dépollution totale. C’est ce que nous avons dit à la secrétaire d’État à l’Écologie."

Article de Lionel Modrzyk ( arles@laprovence-presse.fr

Il y a cinquante ans....

L’acteur principal : la SPSE

En 1958, seize sociétés pétrolières appartenant à six pays différents ont participé à la création de la Société du Pipeline Sud-Européen permettant la mise en service opérationnelle, en 1962, d’une canalisation de grand diamètre reliant la Méditerranée à la région du Rhin supérieur, doublée puis triplée en 1971-1972.
Actuellement, les actionnaires de la Société du Pipeline Sud-Européen sont :
Total France / Total S.A. : 27.84 %, ExxonMobil Corporation : 22.00 %
Société de Participations dans l’Industrie et le Transport du Pétrole (Détenue par BP Refining & Petrochemicals GmbH, BASF AG et Shell Deutschland Oil GmbH) : 15.40 %, BP France / BP p.l.c. : 12.10 %, Société des Pétroles Shell : 10.32 %, BASF SE : 10.00 %, CococoPhillips Germany GmbH : 2.00 %

La mission confiée à SPSE consiste à approvisionner en toute sécurité et dans les meilleures conditions techniques et économiques des raffineries intérieures de l’axe européen Rhône-Rhin supérieur (Fos-Karlsruhe). Sur les 12 raffineries créées de l’origine à 1974, seuls 5 sites industriels subsistent actuellement, approvisionnés en pétrole brut pour les raffineries et en naphta/condensat pour la plate-forme pétrochimique de Carling. Ils sont localisés à :
Feyzin, près de Lyon (Total),
Cressier en Suisse, près de Neuchâtel (Petroplus),
Reichstett (CRR) près de Strasbourg (Petroplus),
Carling, en Lorraine (Total Petrochemicals France),
Miro, à Karlsruhe en Allemagne (Conoco Phillips Gmbh, Esso Deutschland Gmbh, Ruhr Oel Gmbh*, Shell Deutschland Gmbh).

Les navires sont déchargés grâce aux installations du Port Autonome de Marseille, à Fos-sur-Mer et à Lavéra. Ces installations sont reliées au terminal maritime de SPSE, à Fos-sur-Mer, disposant de 40 réservoirs totalisant 2,26 millions de m³ destinés au stockage temporaire d’une vingtaine de qualités de pétrole brut en transit.

Trois pipelines relient ce terminal aux raffineries :une ligne de 34 pouces (86 cm) de Fos à Karlsruhe, actuellement inactive dans sa partie Fos-Strasbourg, et inertée à l’azote, une ligne de 40 pouces (102 cm) de Fos à Strasbourg, une ligne de 24 pouces (61 cm) de Fos à Lyon.
Douze stations de pompage permettent d’assurer l’expédition et la livraison de 35 millions de tonnes/an de pétrole pour les besoins actuels situés aux alentours de 22 millions de tonnes/an.

Texte extrait du site internet de la SPSE

QUESTIONS A POSER, soulevées par la rupture de la pipeline du vendredi 7 août 2009 :

1) Est ce vrai qu’on avait utilisé non seulement des gros engins mais également de la dynamite lors de la construction de ces trois pipelines à travers la CRAU ?

2) Est ce qu’il y avait perforation du poudingue [1] à quelques endroits ?

3) Qu’est-ce qui a été entrepris et prévu à l’époque comme protection de la nappe phréatique dans le cas d’un éventuelle perforation du poudingue ?

La couverture souple du "taparas" varie entre 5 et 120 cm. Les oléoducs seraient, selon les communiqués, enterrés de l’ordre de 80 cm. Les "pipelines" mesurent 62, 86 ou 102 cm de diamètres. Dans le dossier du maître d’ouvrage

"Débat public sur le projet ERIDAN" - un projet de gazoduc supplémentaire qui traversera la CRAU


on présente une tranché de 2m50 de largeur et de profondeur. Une telle tranchée risque d’ouvrir un accès direct à la nappe phréatique qui se trouve sous le taparas. Il est fort probable que la profondeur des canalisations des oléoducs construites dans les années 60/70 est proche des mesures publiées par la GRT Gaz du projet actuel ERIDAN.
Dans l’information soumise au débat publique pour ce projet ERIDAN ces jours-ci, on indique seulement qu’une canalisation n’a pas d’impact sur la qualité d’eau souterraine, car les canalisations sont parfaitement étanches (!). On ne parle pas d’éventuelles perforations du poudingue. On ne parle pas des mesures pour la protection de la nappe phréatique. Il ne serait pas étonnant si à l’époque des oléoducs cette même question était également écarté.

4) Quel était le diamêtre du pipeline rouillé qui transportait du pétrole brut ?

5) Quelle sont les raisons de la non utilisation d’un des trois oléoducs actuellement - celui du diamêtre 84 cm ?

6) Combien d’heures se sont écoulées depuis la découverte de la fuite par Guillaume PAULUS et la fermeture des vannes ?

7) L’espacement des vannes impose un doute sur la quantité réelle écoulé. Un cylindre de diamêtre 102 cm contient sur 20 km facilement plus que les 4000m3 annoncés. Alors il y avait combien ???

8) A quel endroit ou hauteur l’oléoduc est éclaté ?

Les pipelines traversent une zone de la plaine de CRAU qui est également pollué par le LIXIVIAT - le liquide résiduel qui provient de la percolation de l’eau à travers les déchets - de la décharge de Entressein. Il est connue que ce LIXIVIAT est fortement agressif pour l’acier non inox. Les oléoducs ont une durée de vie d’une 50 années.

9) Qui a effectué des contrôles à ce sujet ?

10) Quand ?

11) Quelle est l’age de l’oléoduc éclaté ?

Ces quelques questions peuvent être complété par l’étonnante interdiction de l’accès aux journalistes et les restrictions imposées au personnel du parc naturel du Coussoule. Celai rappelle pour le moins la politique de l’information d’une autre époque...

Le communiqué de la SPSE du dimanche soir est loin d’être rassurante :



Point de situation : Le pétrole libre de surface a été intégralement récupéré sur l’étendue de la surface. Le pétrole résiduel qui était dans le fond de la canalisation a été pompé. A ce jour il n’y a donc plus de pétrole libre sur la zone. Il reste des terres salies.
Aujourd’hui, des sondages pour mesurer l’impact de cette pollution dans les sols ont été réalisés Les premiers résultats déterminent une profondeur moyenne de 10 cm. La zone très proche de l’ouverture du pipe (environ 5 mètres) serait impactée sur environ 15 cm de profondeur, et au-delà de ce périmètre de 5 mètres, la profondeur constatée est inférieure à 10 cm. Ces mesures confirment nos estimations car d’une part le pétrole épandu est lourd et d’autre part les sols concernés sont des sols peu perméables.
La méthode de dépollution qui sera utilisée à été validée. Il s’agit d’un traitement ex-situ, qui nécessite dans un premier temps de récupérer les terres polluées pour les évacuer dans un second temps vers des centres de traitement spécialisés.
Un protocole pour mettre en œuvre ce dispositif est en cours de signature avec l’administration concernée ainsi que les responsables de la Réserve naturelle. Enfin, d’une part des capteurs vont être positionnés pour mesurer la qualité de l’air et d’autre part des contrôles réguliers de la nappe phréatique vont être réalisés aux alentours de la zone polluée.
Le déroulement de l’enquête ne permet pas encore de procéder à la réparation.

Lors de la dernière gosse panne de pipeline dans la Crau il y a une quinzaine d’années on a évacué les terres souillées sur un terrain sans bâcher le sous sol.

12) Qui contrôlera le suivi de travaux de nettoyage acteullement effectué par la société ORTEC ?

13) Combien d’observateurs réellement indépendant seront représenté dans une telle commission de contrôle ?

14) Ou se trouvent les centres de traitements spécialisés vers où la société ORTEC [2] évacuera les terres polluées ? ?

15) Quel société d’assurance assure les ruptures des oléoducs pour la SPSE ?

17) Quelles en sont les clauses en cas de pollution généralisée de la nappe phréatique ?

18) Quelles sont les mesures de précaution qui ont été mis en route par la société des eaux de Marseille et les autres acteurs qui pompent dans la nappe phréatique ?

Le public et surtout les habitants du bassin de Fos ont le droit de connaitre en détail toutes les mesures qui seront prises pour éviter une intoxication par intermédiaire de l’eau potable issue d’une nappe phréatique constamment et de plus en plus menacée par des incidents comme celui du 9 août 2009.
Ils seraient également bien conseillés de regarder de près la manière de la mise en place et l’utilité réelle des projets gigantesques qui se pointent à l’horizon comme le gazoduc ERIDAN de la GRT GAZ et la construction d’un canal de déviation pour la centrale hydraulique EDF de St Chamas. La hyper-industrialisation ne menace pas seulement ce cache misère environnemental qui est la réserve naturelle - la dernière steppe européenne - mais la santé de tous.

Le geyser noir de la Crau - photo Guillaume Paulus

Notes

[1La Crau est constituée de massifs galets duranciens accumulés sur une importante épaisseur, qui, avec les eaux de ruissellement, se sont cimentés pour former le " taparas " ou poudingue, une roche imperméable et résistante. La plaine de la Crau possède une nappe phréatique de première importance. Ce sont les eaux d’irrigation des prairies de foin de Crau qui alimentent la majeure partie de ce réservoir. Les grandes industries au sud et les vergers intensifs profitent de cette réserve d’eau.

[2ORTEC : nos engagements. Nous nous engageons avec vous sur une réduction globale et programmée de vos coûts. Nous concrétisons vos objectifs de : Partage des risques et des gains indexés sur les formules bonus / malus. Accroissement de la flexibilité par une partie variable significative de notre rémunération. Amélioration des indicateurs de fiabilité, de disponibilité.

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