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Cycle : MANGER SANS PAYSANS - la fin de la culture paysanne ?

We feed the World - le marché de la faim

Présentation du film

mardi 24 avril 2007, par Forum Civique Européen

Chaque jour à Vienne, la quantité de pain
inutilisée, et vouée à la destruction, pourrait nourrir la
seconde plus grande ville d’Autriche, Graz... Environ 350 000
hectares de terres agricoles, essentiellement en Amérique latine,
sont employés à la culture du soja destiné à la nourriture du
cheptel des pays européens alors que près d’un quart de la
population de ces pays souffre de malnutrition chronique. Chaque
Européen consomme annuellement 10 kilogrammes de légumes verts
irrigués artificiellement dans le Sud de l’Espagne, et dont la
culture provoque des pénuries d’eau localement...

La faim et les moyens

Le cinéaste précise ses intentions : "We feed the world est
un film sur la pauvreté au coeur de la richesse qui éclaire la
manière dont notre nourriture est produite et répond aux
questions que le problème de la faim dans le monde nous pose. Ce
ne sont pas seulement des pêcheurs, des fermiers, des agronomes,
des biologistes et Jean Ziegler, fonctionnaire aux Nations Unies
qui sont interrogés, mais aussi un des responsables de Pioneer,
le leader mondial des ventes de semences, ainsi que Peter
Brabeck, le P.D.G. de Nestlé, la plus importante multinationale
agro-alimentaire mondiale"

Traçabilité d’un film


Erwin Wagenhofer revient sur l’origine de We feed the world
 : "Nous tournions un film qui s’appelait Opération Figurini pour
lequel nous devions filmer certaines séquences sur les marchés de
Vienne. Au moment d’écrire le scénario, j’ai arpenté de long en
large les marchés de la ville et je me suis demandé : " Quelle
est la chose la plus intéressante dans ces marchés ? " La réponse
était : les produits eux-mêmes et leur provenance ! L’idée
originale était donc de faire débuter le film sur le marché le
plus célèbre de Vienne, le Naschmarkt, et de regarder ce qui se
passait derrière le miroir. D’où venaient donc tous les produits
alimentaires qu’on y vend ? Ce qui m’importait, c’était l’idée de
connexion. Prenez les tomates, par exemple... Eh bien, rien que
le fait qu’elles aient voyagé pendant 3.000 kilomètres avant
d’arriver jusqu’à moi me semblait curieux. Ça m’interpellait. Et
c’est devenu le sujet du film, son véritable sujet.

Deux grands témoins


Les deux principaux intervenants du film sont Jean Ziegler
et Peter Brabeck. Le premier est rapporteur spécial de la
Commission des Droits de l’homme de l’ONU pour le droit à
l’alimentation, mais ce sociologue est aussi depuis longtemps un
poil à gratter de la société suisse : on lui doit notamment
quelques ouvrages polémiques sur le système bancaire helvétique.
Le second est patron de l’entreprise Nestlé. "Il m’a d’abord dit
non, car il pensait que Nestlé n’était pas concerné par le sujet
du film", explique Erwin Wagenhofer, qui a ensuite eu l’idée
d’aller à sa rencontre, sur son lieu de travail : "J’ai donc
passé un coup de fil et j’ai annoncé au représentant de Nestlé
que j’arrivais le lendemain et que je voulais le rencontrer face
à face. Le fait que je me déplace personnellement a été décisif."
Il note d’autre part : "J’ai fait le pari qu’à un moment ou à un
autre, s’il parlait suffisamment longtemps, il se retrouverait en
situation de dire des choses inhabituelles. Et mon pari a
réussi."

Selon Erwin


Le réalisateur revendique la dimension subjective de son
film : "S’il y a 6 milliards d’individus sur la Terre, alors il y
a 6 milliards de vérités. Chacun a sa vision des choses et c’est
très bien comme ça. Je suis un fan du subjectivisme. Et
j’apprécie avant tout l’authenticité (...) We feed the World
parle de la manière dont je vois les choses en ce début de 21ème
siècle. C’est un film totalement subjectif sur l’industrie
alimentaire, l’industrie agricole, la manière dont elle est
commercialisée. [Monsieur Brabeck] est de son temps : le temps du
profit à tout prix ! " Capitalisme prédateur " comme Jean Ziegler
le nomme."

Le réalisateur


Né en 1961 à Amstetten (Autriche), Erwin Wagenhofer est
technicien de formation : diplômé de l’Institut viennois de
Technologie TGM (Section Communication, ingénierie et
électronique), il a travaillé ensuite au département vidéo de
Philips-Autriche avant de devenir réalisateur, journaliste
freelance et enseignant à l’Université d’Arts appliqués de
Vienne. Il a signé des documentaires sur les bateliers du Danube,
la ville de Vienne ou encore l’Euope 10 ans après la chute du
Mur.

Le cauchemar d’Erwin


Le cinéaste évoque un souvenir de tournage particulièrement
douloureux : "La surprise majeure, ça a été la taille de ces
centres de production. Les poulaillers, par exemple : on a été
dans un hangar autrichien d’élevage de taille moyenne qui peut
abriter 35.000 poules, mais il y en a qui peuvent en abriter
70.000. On éprouve une sensation inévitable d’inconfort, de gêne
dans un tel endroit. C’est dans ce hangar, au petit matin,
lorsqu’on rassemble les poules presque totalement dans le noir
pour éviter qu’elles deviennent hystériques et difficiles à
attraper, que j’ai vécu le pire moment qui me soit
personnellement arrivé durant le tournage. Non seulement il y
avait un bruit infernal, mais pénétrer dans ce lieu où les poules
avaient déféqué et uriné dans une fosse depuis 5 semaines et
brusquement glisser sur une poule morte a été, pour moi, une
expérience encore plus insupportable que la séquence dans le lieu
dédié à l’abattage."

People have the power


Plutôt que mettre en cause uniquement le comportement des
grandes entreprises, le réalisateur insiste sur la responsabilité
des citoyens : "Il faut vivre d’une manière différente, acheter
d’une manière différente... C’est pourquoi le film s’intitule "
We feed the world" et non " They feed the world ". Les Brabeck,
les Pioneer et tous les autres, peu importent leurs noms,
partagent la responsabilité de ce qui arrive actuellement. " Nous
", comme le dit Jean Ziegler, sommes la société civile. Nous
sommes consommateurs, nous allons dans les supermarchés, nous
devons manger pour vivre, chacun de nous doit faire ses courses
et peut les faire où il le préfère : tel est notre pouvoir ! Nous
n’avons pas besoin d’avoir des tomates ni des fraises à Noël.
Nous n’avons pas besoin qu’on leur fasse parcourir 3,000
kilomètres jusqu’à nous. Nous n’avons pas besoin que nos animaux
d’élevage mangent les forêts primitives humides du Brésil et de
l’Amérique du Sud. Et si ce n’est pas nous qui agissons, qui
agira à notre place ?"

Altercinéma


Le travail, la souffrance sociale, la mondialisation sont
au coeur de nombreux documentaires sortis en salles depuis 2004.
Les spectateurs ont ainsi pu voir un film sur la situation
écologique et économique en Tanzanie (Le Cauchemar de Darwin de
Hubert Sauper), les mutations à l’oeuvre dans l’industrie
viticole (Mondovino de Jonathan Nossiter), la dette qui étrangle
le Mali (Djourou une corde à ton cou d’Olivier Zuchuat), une
occupation d’usine à Buenos Aires (The Take de Avi Lewis et Naomi
Klein, l’auteur de No logo), les individus malades de leur
travail (Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés de
Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau), les violations des droits
de l’homme dans le monde (Seeing is believing de Peter Wintonik)
et Katerina Cizek, les revendications des Zapatistes (La Fragile
armada de Jacques Kebadian et Joani Hocquenghem), le récit d’une
grève en Caroline du Nord (Daddy daddy USA de Pierre Hodgson), la
réorganisation du travail sur les chantiers de l’Atlantique à
Saint-Nazaire (Un monde moderne de Sabrina Malek et Arnaud
Soulier), les mouvements citoyens d’opposition à la
marchandisation (La Carotte et le bâton de Stéphane Arnoux), ou
encore la mondialisation vue par un chef d’entreprise (Ma
mondialisation de Gilles Perret)

Ecouter l’entretien La - Bas si j’y de Daniel Mermet avec Jean Ziegler au sujet du film We feed the world.

"Etant donné l’état actuel de l’agriculture dans le monde, on sait qu’elle pourrait nourrir 12 milliards d’individus sans difficulté. Pour le dire autrement : tout enfant qui meurt actuellement de faim est, en réalité, assassiné." Jean Ziegler
Rapporteur spécial de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler fait figure d’ovni au sein de cette très respectable institution. Depuis trente ans, cet éternel révolté ne cesse de dénoncer l’injustice du système libéral et le cynisme des maîtres du capital qui font crever de faim une partie du monde pour nourrir l’autre.
A travers ses nombreux ouvrages, cet intellectuel hors norme s’est archané à démontrer que les méfaits du système capitaliste mondialisé ne sont pas les conséquences inéluctables de la ’main invisible’ qui guide les aléas du marché, mais bien l’oeuvre du cynisme de ces "nouveaux féodaux"...

P.-S.

Date de sortie : 25 Avril 2007
Réalisé par Erwin Wagenhofer
Avec Peter Brabeck, Jean Ziegler
Film autrichien.
Genre : Documentaire
Durée : 1h 36min.
Année de production : 2005
Titre original : We Feed the World

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